Milwauqui?


Un petit tour sur Wikipédia suffit pour s’apercevoir que Milwaukee a tout de la ville moyenne américaine. 600000 habitants, une température moyenne de -8 degré en hiver, un passé lointain de bassin industriel dynamique…Au vrai, les faits d’armes de la ville sont rares et seul Jeffrey Dahmer, aka le « cannibale de Milwaukee » a défrayé la chronique dans le passé récent de la ville. C’était il y a 20 ans. Depuis ? Plus grand chose…

Alors pourquoi, me direz-vous, s’intéresser à cette ville ? Pour répondre à cette question il faut remonter au début des années 1970, plus précisément en 1971. Après seulement 3 ans d’existence, la franchise parvient à décrocher son seul et unique, pour encore un bon moment, titre NBA. Dans ses rangs figurent deux des plus grands joueurs de l’histoire de la NBA : Oscar Robertson et Kareem Abdul-Jabbar. Mais depuis la franchise a entamé, à l’instar de la ville qui l’accueille, un long déclin. Une finale NBA (1974), deux finales de conférences (1986 et 2001). Mais à part ça ? Le néant. Le départ quasi-instantané des deux joueurs, au milieu des années 1970 marque la fin de l’âge d’or de la franchise du Wisconsin. Par la suite, elle aura bel et bien accueilli quelques gros poissons (Sydney Moncrieff, Terry Cummings, Glenn Robinson, Ray Allen, Michael Redd pour ne citer qu’eux), mais aucune légende comme l’ont été Robertson et Abdul-Jabbar. Les Bucks ne seront jamais parvenu à capitaliser autour de cette génération dorée. Depuis, une trentaine d’années les Bucks alternent phases de reconstruction et qualifications poussives en play-off. La franchise s’est engluée « dans une mélasse dans laquelle elle se complait » : celle d’un petit marché, incapable d’attirer de vrais grands noms, jamais assez bon pour viser mieux qu’une bonne vieille qualification en play-offs (à l’exception de la saison 2000-2001) mais trop naïf pour accepter de se saborder volontairement et tout remettre à plat. Cependant, un vent de changement commence à souffler sur la ville depuis 2013, et les deux derniers étés marquent un tournant dans la politique de la franchise. 30 ans après, la ville de Milwaukee est-elle enfin prête à renouer avec son passé glorieux ? Eléments de réponse

La fin justifie les moyens

La saison 2013-2014 commence par deux coups de tonnerre. L’équipe laisse filer, pendant l’intersaison, Monta Ellis et Brandon Jennings, partis voir si les parquets étaient mieux cirés ailleurs. Derrière cette opération, se cache en réalité la volonté de tout casser pour mieux reconstruire. Débarrassé de ses 2 leaders offensifs les Bucks peuvent tranquillement lancer l’opération tanking, version 2013-2014. L’objectif sera de perdre le plus de match pour se retrouver le mieux classer lors de la prochaine draft. Car oui, la cuvée disponible à la fin de l’année s’annonce exceptionnelle. Alors pourquoi essayer vainement d’accrocher une qualification en play-off, pour se faire sweeper au premier tour, quand une accumulation de défaites leur assure l’obtention d’un futur joueur d’envergure. Un joueur autour duquel l’équipe peut se reconstruire.

Ce même été, la franchise fait le choix de drafter le jeune et talentueux rookie grec Giannis Antetokounmpo. Une belle réussite tant le potentiel du jeune homme semble immense. Toujours ce même été, les dirigeants font le choix d’offrir un pond d’or à leur pivot Larry Sanders (44 millions sur 4 ans), qui sort d’une saison prometteuse à 11 points 8 rebonds et 3 contres. Une moins belle réussite tant le joueur décevra au cours de la saison, passant plus de temps à fumer de l’herbe qu’à fumer les raquettes NBA. Hormis cet accident, la saison 2013-2014 est un succès pour Milwaukee. A l’issu de la saison l’objectif est atteint : avec 13 victoires pour 69 défaites, la franchise obtient le moins bon bilan de la ligue, et au passage le pire de son histoire. Elle réussit même l’exploit de faire moins bien que Philadelphie (pourtant considéré par beaucoup comme la pire franchise de l’histoire du sport US avec ses 26 défaites consécutives).

A elle donc, à priori, le premier choix de draft. Qui choisir entre Parker, Wiggins et Embiid, trois joueurs universitaires appelés à dominer la NBA de demain. Le choix sera rapide. Premier coup du destin, la lotterie qui octroie le premier choix de draft à Cleveland. Adieu donc Wiggins. Le second, la grave blessure au dos de Joel Embiid à quelques encablures de la Draft. Jabari Parker devient, malgré lui, l’heureux élu. Heureux oui, car selon ses propres mots, le joueur se dit ravi de débarquer à Milwaukee. Il se dit même prêt à y jouer toute sa carrière. La raison invoquée : la proximité de la ville avec son Chicago natal. Pas donc de passé de supporter inconditionnel des Bucks ou ni même de lien quelconque avec la ville. Juste un gosse qui a besoin d’être proche des siens. Une simplicité et une sobriété qui pourrait bien faire de lui l’homme capable de remettre la franchise sur le devant de la scène. Mais Parker ne pourra relancer l’équipe à lui tout seul. Il pourra sûrement la porter à bout de bras dans les années à venir, mais pas pour sa saison rookie. Heureusement, seul il ne sera pas. Brandon Knight, de plus en plus juste dans le rôle de meneur, capable de très bien dicter le tempo de l’attaque sera là pour l’épauler. Et que dire de Giannis « the Greak Freak » Antetokoumpo, phénomène athlétique et futur solide « two way player ». Les Bucks présentent un noyau solide autour duquel construire. Ensuite si les Monstar daignent rendre leurs pouvoirs à OJ Mayo et Larry Sanders, les Bucks pourraient jouer les trouble-fêtes, dès cette année, dans la course au play-off à l’Est. Mais l’objectif n’est pas vraiment là. Les Bucks doivent en priorité se réconcilier avec leur basket, réapprendre à gagner, et favoriser le développement de ses jeunes pouces. La patience est donc de rigueur, en attendant de pouvoir bénéficier de la très importe marge salariale dont ils disposent pour se renforcer lors des prochaines free-agency.

Aux portes du succès

Du point de vue des résultats, les Bucks devraient rapidement dépasser leur bilan de la saison passée, et s’il n’est pas encore radieux, leur avenir s’annonce bien plus rayonnant que par le passé. En coulisse, ca s’active aussi. Jason Kidd, qui sort d’une saison contrastée à la tête des Nets tout de même ponctuée d’une demi-finale de conférence Est, a pris place sur le banc. C’est le premier choix symbolique effectué par les nouveaux propriétaires du club. Oui nouveaux, car le club a été racheté cet été. Beaucoup moins médiatique que celle des Clippers, la vente des Bucks devrait apporter un vent de jeunesse sur la ville. Après 30 ans de règne, le sénateur Herb Kohl a cédé ses Bucks pour 550 millions de dollars, soit 30 fois son prix d’acquisition, à Wesley Edens et Marc Lasry, deux hommes d’affaire milliardaires. Ambitieux, les deux hommes ont a cœur de faire de Milwaukee une destination attractive. Pas facile quand Jason Kidd, lui-même, annonce lors de son discours d’intronisation qu’il manque 20 degrés en hiver pour que les Bucks puissent attirer les stars. A la manière d’un Don Quichotte, les Bucks luttent contre la fatalité : celle d’un petit marché qui n’intéresse pas grand monde. Mais les nouveaux dirigeants sont là pour se battre et comptent bien redorer l’image bien terne de la franchise. Le chantier prioritaire sera la création d’une nouvelle salle. Fini l’archaïque Bradley Center, joyau de la NBA de la fin des années 1980. Milwaukee a besoin d’une nouvelle salle à la hauteur de son ambition. Mais la situation est urgente car les deux hommes ont jusqu’à 2017 pour installer leur franchise dans un nouvel écrin. Sinon la franchise sera remise en vente, avec le risque (ou l’aubaine) d’être relocalisée à Seattle…

Vous l’aurez compris, les Bucks sont à une tournant dans leur histoire. Ils ont tout fait pour repartir à zéro, et ils ont réussit. Reste maintenant aux dirigeants à faire les bons choix pour l’avenir de la franchise. Les deux objectifs sont clairs : maintenir la franchise dans la ville et redorer son blason. Charge également aux joueurs de démontrer au reste de la NBA que le basket est encore vivant à Milwaukee, pour que les futurs Jabari Parker souhaitent représenter la ville non pas pour sa proximité avec Chicago mais pour sa gloire. Ainsi, si la route est encore longue, les Bucks n’ont, paradoxalement, rarement semblé aussi proche de renouer avec leur glorieux passé. Et si jamais le projet échoue, alors ils disparaitront, sans faire de bruit, laissant à la ville de Milwaukee et ses fans un sacré goût d’inachevé…

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