Le Jazz ne devrait pas garder le blues bien longtemps


Ville natale d’un des plus grands noms du contre la montre David Zabriskie, Salt Lake City, qui abrite la franchise du Utah Jazz, est surtout réputée pour sa population mormone (62 % des habitants de l’Etat se déclarent mormons). En 1974, à la surprise générale, l’équipe des New Orleans Jazz est transférée dans l’Etat d’Utah, en plein cœur de la chaine de montagnes des Rocheuses. Allez savoir pourquoi une ville comme Salt Lake a souhaité garder le nom de Jazz, étant donné que la ville est à des années lumières d’être familière avec le style musical. Après tout, Toronto doit bien son surnom de Raptors à la popularité de Jurassic Park.

Quand bien même le nom de la franchise sonne faux, le moins que l’on puisse dire c’est que Utah jouit d’un glorieux passé. Elle fût même l’une des équipes les plus régulières ces trois dernières décennies (20 play-offs consécutifs entre 1984 et 2004, dont 3 finales de conférence et une finale NBA). En 2009 on les croit revenus sur le devant de la scène (finale de conférence) avec le magicien Jerry Sloan, leur coach, qui réalise là son dernier tour de passe-passe, bien aidé il faut dire par quelques grands noms d’une époque bien révolue : Deron Williams, Carlos Boozer, Mehmet Okur (le premier est relégué au statut de « super-sub » chez des Nets bien mal lotis, le second se la coule douce en pré-retraite à Los Angeles, quant au dernier il vient d’être nommé ambassadeur du Jazz dans le cadre des activités extra-sportives). Le problème c’est qu’en début de saison 2009-2010, le Jazz réalise une énorme fausse note en se séparant de Jerry Sloan (on soupçonne des soucis dans le vestiaire). Depuis, Utah n’arrive plus à accorder ses violons.

Qui va piano va sano…

Le Jazz a depuis entamé sa reconstruction à partir d’une partition quasiment vide (départ de tous les joueurs du 5 majeurs de 2009). En faisant de l’ailier Hayward un véritable franchise player à seulement 24 ans, l’équipe mise avant tout sur la jeunesse. Dernière satisfaction en date, le choix lors de la draft de 2013 du géant français Rudy Gobert, qui après une première saison d’adaptation au rythme intense de la NBA, arrive à tirer son épingle du jeu cette saison et ne cesse d’impressionner. Ainsi, l’âge moyen de l’effectif s’élève à 24,2 ans, soit le 3ème effectif le plus jeune de la ligue derrière les bambins de Milwaukee et de Philadelphie. Hormis le lieutenant à la ceinture Steeve Novak (8 saisons en NBA), aucun joueur de l’effectif ne compte plus de 4 saisons à son actif. Le Jazz d’Utah c’est un peu l’Olympique Lyonnais de la Ligue 1, qui en misant sur les jeunes espère construire un projet sportif dont les retombées se feront sentir à moyen terme. Et quand on voit le succès de l’OL en championnat ces derniers temps, tout porte à croire que le jeu en vaut la chandelle.

 « Qui sème le vent récolte le tempo » (MC Solaar)

Pour sa star, Gordon Hayward, dire que l’été s’est bien déroulé n’est qu’un doux euphémisme quand on sait qu’en l’espace de quelques semaines sa vie a basculé : réussite personnelle (marié à une très jolie et pimpante américaine), professionnelle (champion du monde avec le Team USA) et financière (revalorisation salariale très nette avec un contrat à 15 M$ par saison, soit désormais 25 % de la masse salariale du club). Toute augmentation salariale incombe nécessairement de plus amples responsabilités sur les parquets. Et le pari semble gagnant puisque les stats sont en hausse sur quasiment tous les fronts : plus de points (19 contre 16), meilleure réussite aux shoots (46 % vs 41 %) et aux tirs primés (37 % vs 30 %). D’ailleurs, Hayward cartonne tellement que depuis la blessure de King James, il est devenu l’un des choix numéro 1 à la Fantasy au poste d’ailier shooteur.

Autre joueur clé de l’effectif, Derrick Favors explose cette saison (16 points à 55% et près de 9 rebonds). L’ex numéro 3 de la Draft 2010 (choisi par New Jersey), dévoile enfin tout son talent. Preuve en est son Player Efficiency Ratio qui s’élève à 23, soit le 13ème de la ligue, devant des ailiers forts comme Gasol, Griffin et Aldridge. Oui monsieur. En passant l’été à Salt Lake City pour travailler son jump shot, Derrick n’avait d’autre choix que de s’entrainer (on doute que l’Utah soit un Etat très funky en plein juillet-Aout). Le sérieux et l’ascétisme du gaillard lui ont permis de renforcer sa palette offensive, notamment au tir. Dès lors qu’il s’est construit un vrai shoot mi-distance, il devient une menace pour les défenses adverses qui doivent sortir sur lui. Certes il est loin d’être aussi précis et gracieux que Nowitzki (Jason à la toison d’or), mais sa marge de progression est impressionnante. La « Favors dépendance » est bel et bien réelle comme en témoigne les 3 défaites en 3 matchs du Jazz lorsque celui-ci a été absent cette saison.

Quant à notre Rudy Gobert national, aka « Rudy  not in my house», il est tout simplement en pleine bourre. Le géant de Saint Quentin continue sa progression et de quelle manière. Bien évidemment sa taille (2.18 m) et son envergure exceptionnelle (240 cm), sont autant d’atouts naturels qui lui permettent de s’élever au-dessus de la masse dans tous les sens du terme. Révélé aux yeux du grand public lors de la coupe du monde de 2014 et son match fou contre l’ogre ibérique de Pau Gasol, il a su dompter le taureau espagnol avec 5 points 13 rebonds et surtout une intensité défensive hors norme. Cette saison, ses statistiques augmentent à vue d’œil (6,4 pts, 7 rebonds et 2,2 contres). D’autant que si l’on rapporte son temps de jeu à 36 minutes par match, alors on peut se prêter à rêver d’un titre de meilleur défenseur ou d’All Star : 11 pts, 12 rebonds et 4 contres. Ces derniers temps, le frenchie profite de la blessure d’Enes Kanter pour s’imposer dans le 5 majeur. La saine concurrence entre les deux hommes stimule les performances de chacun. Pire, en janvier 2015, Rudy émerge à près de 4,5 contres par match, le genre de virtuose du contre que l’on ne rencontre pas à tous les coins de rue, surtout depuis la désertion de Sanders (cf. article Milwauqui : https://temps-mort.com/2014/12/23/milwauqui/). Sans trop se mouiller on peut l’imaginer passer un cap à l’automne prochain lors des prochains championnats d’Europe, et revenir encore plus fort en 2015/2016. Tout le monde s’accorde à croire qu’il s’agit là d’un poulain capable de se hisser parmi le gratin des pivots de la ligue à moyen terme.

Un petit mot sur un énième joueur au biberon en la personne de Dante Exum, 19 ans, dont l’adaptation en NBA tarde à se faire mais qui jouit d’un très bon potentiel au poste de meneur. 5ème choix de la dernière draft, Exum est en délicatesse avec son shoot c’est le moins que l’on puisse dire (38 %). Mais le petit, dont le père a gagné un titre NCAA avec le North Carolina de Michael Jordan, bénéficie d’atouts de poids pour progresser et s’imposer : sa taille (quasi un double mètre, chose très rare pour un meneur), sa clairvoyance (conscient de ses limites, il est consciencieux dans son travail et enchaine les sessions tardives à l’entrainement), et son âge bien sûr (bien peu de joueurs à 19 ans peuvent se targuer d’être en pleine possession de leurs moyens).

En revanche, la plus grande interrogation concerne le choix du coach. Si le pari de la jeunesse est audacieux, celui de faire confiance à Quin Snyder, dont le CV (ex assistant coach des Hawks) est aussi pauvre que le tien quand tu postules à ton premier job ; le stage en entreprise de 3ème à la librairie du coin de la rue pèse pas bien lourd. Encadrer cette bande de minots par un Coach Rookie c’est surement le plus gros défi du Jazz. Il a toutefois le mérite d’être apprécié par ses joueurs qui lui rendent bien le climat de confiance qui existe au sein du vestiaire. Et puis étant donné la qualité intrinsèque et la profondeur de son effectif, coach Snyder semble tirer son épingle du jeu.

Hit the road Jazz

Pour l’heure, la saison du Jazz est en ligne avec les attentes. Avec seulement 13 victoires en 38 match (34 % de victoires soit le 24ème bilan de la ligue), Utah se contente de quelques coups d’éclats comme cette victoire début 2015 de 20 points sur le terrain des Bulls. Depuis la fin 2014, l’équipe tourne toutefois mieux, et ceci pourrait être les bases d’une nouvelle dynamique. L’avenir nous dira si le Jazz peut renouer avec les sommets. Mais tout porte à croire que la montée en puissance des Hayward, Favors et surtout Gobert peut faire de la franchise mormone un candidat pour les play-offs dans les années à venir. Avec ces trois-là, le Jazz a de quoi faire. D’autant que les marges de manœuvre financières d’Utah laissent penser qu’un ou plusieurs coups sur le marché des transferts ne sont pas à exclure. C’est notamment au poste de meneur qu’une valeur ajoutée substantielle permettrait de franchir un cap (ne serait-ce que pour encadrer Exum).

Publicités

3 réflexions sur “Le Jazz ne devrait pas garder le blues bien longtemps

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s