Andrew Bogut ou le retour en grâce d’un ancien n°1 de la Draft


L’Université d’Utah ne restera pas dans l’histoire pour avoir connu dans ses rangs des prix Nobels ou autres médailles Fields. C’est bien par le sport que cette université du pays mormon a marqué son temps en produisant Andrew Bogut et Alex Smith les deux numéros 1 de draft en 2005, le premier en NBA et le second en NFL. A défaut de pouvoir décrire la carrière du quaterback (mes connaissances en football américain étant ce qu’elles sont), je m’attacherai donc à vous parler du pivot australien.

Des débuts somme toute satisfaisants

Si pour nous autres franchouillards la Draft 2005 à un goût savoureux de foie gras et de champagne (pas moins de 4 frenchies draftés : Petro, Mahimi, Turiaf et Gelabale, la quantité prévalant sur la qualité), elle restera dans les mémoires comme celle du wallaby Andrew Bogut, choisi en première position par les Bucks de Milwaukee.

Déjà en NCAA, Bogut avait la capacité de tirer son équipe vers le haut. Son talent de passeur, plutôt singulier pour un pivot de sa taille (213 cm pour 118 kg, un beau bébé en somme), et son sens du collectif ont toujours sublimé le jeu de ses coéquipiers. Bogut, qui ressemble plus à l’homme de Cro-Magnon qu’au surfer esthète australien (à vrai dire, c’est pour le mieux), s’intègre plutôt bien dans un effectif des Bucks qui, s’il ne compte pas de superstar dans ses rangs, reste un collectif avec du caractère attaché un schéma tactique rigoureux (à l’image du climat de la ville du Wisconsin). C’est en forgeant que l’on devient forgeron et le moins que l’on puisse dire c’est que Bogut a atterri dans la bonne équipe pour gagner en densité et en présence dans la raquette. Et la mayonnaise prend bien puisque les petits Bucks font leur chemin jusqu’en Play-offs, grâce notamment aux performances du trio TJ Ford-M. Redd-A. Bogut (et l’éclosion de Bobby Simmons, si si creusez-vous les méninges et vous remettrez le MIP). Bref, encore à l’abri des blessures, le jeune australien enchaine les matchs et s’impose comme un solide pivot en devenir même si c’est ce diable de Chris Paul qui lui ravit le trophée de Rookie Of the Year.

Lors des deux saisons suivantes il s’affirmera comme un pivot en constante progression. Toutefois, au cours de sa 4ème saison, où il passera le plus clair de son temps à l’infirmerie, le pivot montre ses premiers signes de fragilité. La bien connue pugnacité australienne lui permettra de rebondir et de connaitre une période faste dans sa carrière, celle de la réussite individuelle (élu dans le 3ème cinq de la ligue en 2010) et collective (retour des Bucks en Playoffs, un véritable exploit malgré leur élimination dès le premier tour). C’est alors que tout se gâte et malheureusement pour des raisons qui ne sont pas son ressort.

Des pépins physiques à l’origine de sa traversée du désert, vous voulez que je vous raconte ?

Malheureusement, ces dernières années l’australien est plus connu pour ses absences pour cause de blessure que pour son impact sur le parquet. En cherchant dans les moteurs de recherche de nba.com ou espn.com, pas moins de 3 articles sur 4 parlent des pépins physiques de l’homme à la maladie des os de verre. Entre autres, on trouve des intitulés d’articles comme : « Bogut still hurting », « Bogut’s season over », « Bogut has a broken rib », « Bog-out » (ok celui-là je l’ai inventé).

Ainsi, entre 2011 et 2013, il ne jouera que 45 rencontres sur 164 potentiellement disputables. A vos calculettes jeunes statisticiens en herbe, cela représente 28% des matchs, l’équivalent d’un match sur 4. D’autant que cette période est synonyme pour lui de transition puisqu’il s’exile à San Francisco pour rejoindre la franchise des Golden States Warriors. Son acclimatation au style des GSW et la météo capricieuse de SF a donc été retardée pour des raisons médicales. Mais le club se doute que si sa santé le laisse tranquille, Bogut peut s’imposer comme leader de la défense des GSW, un secteur encore inconnu à l’époque pour l’équipe.

Golden States Warriors, la franchise où tout est possible

Au même titre que David Lee (dont l’expérience aux Knicks s’est un peu terminée en eau de boudin alors qu’il était le chouchou du Madison Square Garden), Andrew Bogut a su se relancer au sein de la franchise californienne. Le jeu rapide et en transition expliquent surement pourquoi les GSW s’imposent comme une équipe où il fait bon vivre (à moins que ce soit le climat et l’ambiance de San Francisco, après moi je dis ça mais j’y suis jamais allé).

Ce n’est pas tant par son impact en termes statistiques qui marque cette saison comme celle du retour de Bogut, mais plutôt son rôle dans le collectif des Warriors, la meilleure franchise de la ligue à ce jour (35-6 à fin janvier 2015). Offensivement, les stats du pivot ne sont pas meilleures que d’habitudes, au contraire. Son PER (Player Efficiency Rating, sorte d’échelle allant d’un Perkins, dont l’apport offensif est équivalent à celui de Claude Makélélé, à A. Davis, comparable à un Cristiano Ronaldo) ne s’élève qu’à 16 soit seulement le 31ème parmi les pivots de la NBA. Derrière Chris Kaman, c’est dire…Avec 6,6 points par match il totalise son plus faible total en carrière. Mais là n’est pas l’essentiel.

C’est bien son impact en tant qu’homme de l’ombre qui nous permet de dire que l’on a retrouvé le Bogut ex numéro 1 de Draft. Pourtant, être un défenseur en béton en NBA, comme d’ailleurs dans tous les autres sports, ne pouvait jusqu’alors se mesurer. Mais ça c’était avant…Afin de chiffrer l’impact de défenseurs comme Bogut, la NBA a développé toute une batterie d’indicateurs aussi importants que difficile à saisir. On est certes encore loin de voir les fans de la NBA se prendre d’amour pour la défense mais on s’en rapproche tout de même. Ce qui était encore il y peu une caractéristique du jeu européen (seuls les européens savent défendre comme on l’entend si souvent), serait sur le point de se démocratiser et d’émerger au grand jour au pays de l’oncle Sam. Et c’est pour le mieux. Le plus significatif de ces indicateurs (et lisible) est le « real plus-minus », une sorte de statistique digne des modèles économétriques de projection de croissance utilisés par l’INSEE, qui individualise la performance d’un joueur au sein de son équipe (un point technique fera l’objet d’un article pour vous expliquer tout ce que l’on met dans cette popote). Cette statistique est assez incroyable et utile quand il s’agit de comparer les performances individuelles (disons que ça nous simplifie le travail à nous autres analystes). Pour en revenir à notre Bogut, l’australien dominait (ce n’est plus le cas depuis sa blessure contractée en décembre) la ligue en terme d’apport dans le secteur défensif (Defensive real plus minus), devant des joueurs comme Duncan, Cousins ou Ibaka. On comprend donc mieux son surnom de « bogey man » (équivalent américain de notre croque mitaine), lui dont le principal rôle est d’effrayer tout ce qui pourrait se trouver dans la peinture.

En outre, ses 3 passes décisives par rencontre attestent de sa capacité à participer activement à l’animation offensive des GSW : en seulement 25 minutes passées sur les parquets, il est le 3ème meilleur passeur parmi les pivots de la ligue. Bogut a donc trouvé une équipe qui lui convient parfaitement d’un point de vue tactique et où il peut s’épanouir non seulement comme pilier de la défense mais aussi comme un solide point d’ancrage en attaque dans la rotation de balle.

Le seul hic dans cette histoire, c’est que Bogut s’est à nouveau blessé en décembre et a été éloigné des terrains pendant les fêtes…à l’insu de son plein gré. Alors tout ça c’est bien beau mais le tout serait de jouer et de jouer enfin une saison complète. Le gaillard reste dépendant d’un physique capricieux et qui aujourd’hui le prive de s’éclater en tête de la ligue avec ses potes de GSW.

« Nous ne courberons pas l’échine » Rohirrim dans Le Seigneur des anneaux : La Bataille pour la Terre du Milieu

Quels sont donc les ingrédients pour réussir un comeback ?

Kenyon Martin, Kwame Brown, Andrea Bargnani, Anthony Bennett, ces gars-là vous sont familiers pour une raison simple : premiers choix de leurs drafts respectives ils n’ont pas connu une carrière à la hauteur des espérances. Pour certains il est déjà trop tard (martin, Brown), pour d’autres en revanche l’heure est au rebond. Bennett et Bargnani peuvent-ils suivre l’exemple de Bogut. Tout porte à croire que rien est impossible au basket, a part pour un des deux mais je ne dirai pas qui.

Qu’est-ce qui différencie Bogut des 4 guais lurons précités ? Certainement sa capacité à s’élever au-dessus de la masse d’un point de vue intellectuel. Parce qu’en plus d’être brillant sur les parquets, le gars se relève intelligent et réfléchi en dehors. Ne dit-on pas des défenseurs qu’ils ont tendance à mieux gérer leur fortune (sisi on le dit je vous jure). En effet, sans pouvoir mettre en avant des lignes de stats dignes de Harden ou Westbrook, les défenseurs ne savent pas de quoi demain sera fait. Ils tiennent plus de la fourmi que de la cigale en somme. Il est ainsi un des rares joueurs à gérer de manière autonome ses revenus (il émarge tout de même à près de 13M $ cette année soit le 2ème plus gros salaire des GSW, ca fait un paquet de cash à mettre sous le matelas). Son futur assuré, il est donc tout de suite plus simple de se concentrer sur ses choix de carrière qui sont, pour l’heure, optimaux. Car réussir à se sortir du bourbier Milwaukee pour atterrir à San Francisco c’est une belle prouesse aussi bien sur le plan personnel (les charmes de SF attirent les foules) que professionnel (mais ça on vous la déjà suffisamment rabâché).

La solution est donc aussi simple que bonjour, il suffit d’en avoir dans la caboche. A bon entendeur…

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