Ben Simmons, Cream Cheese et Tanking


A 1230 miles au sud ouest de Philadelphie, la ville de l’amour fraternel située sur la côte Est des Etats Unis, se trouve la Nouvelle-Orléans, la plus française des villes américaines. Le 5 avril 93, le mutant Anthony Davis est un nouveau-né et l’événement qui passionne la ville et le pays entier est la finale universitaire opposant North Carolina à Michigan et son « Fab Five », l’équipe considérée comme la plus talentueuse de l’histoire de la NCAA. Il reste 19 secondes à jouer, et les TarHeels de Caroline du Nord gagnent de 2 points au moment où Chris Webber prend un rebond défensif… Il fait un marcher de départ non sifflé par les arbitres, remonte la balle jusqu’au corner et subit une prise à deux. Le futur n°1 de la draft 1993 décide de prendre ce qui deviendra par la suite le temps-mort (aight!) le plus connu de l’histoire… car son équipe n’en avait plus. Résultat, faute technique contre Michigan donc lancers-francs pour les TarHeels qui s’assurent de gagner le Final Four…

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Ce moment historique a forgé la légende des Tar Heels et résume à lui seul la beauté de la ligue universitaire : la fougue, la passion et les erreurs de jeunesse. Parmi les autres moments historiques, on note le game winner de MJ face à Patrice Ewing et les Hoyas de Georgetown pour le titre de 1982. Plus récemment, c’est Carmelo qui gagne un titre, ou le back-to-back des Gators de Joakim Noah avec Corey Brewer et Al Horford coaché par Bill Donovan qui ont défrayé la chronique. On peut également mentionner Mario Chalmers clutch face à D-Rose ou encore les quelques upsets (l’outsider qui bat le favori) lors du tournoi final pour déchainer les passions.

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Mais chaque année c’est la même. Quelques semaines après la March Madness et son Final Four qui nous réservent toujours son lot de surprises, et après avoir regardé les playoffs en supportant une équipe d’adoption, tous les supporters des lottery teams (équipes non qualifiées en playoffs et qui participent à la lottery pour avoir le premier choix de draft) rêvent de tomber sur le nouveau Wilt, Bill, Kareem, Larry, Magic, Michael ou LeBron lors de la draft … Ou au moins sur un joueur ayant l’étoffe d’un franchise player. Imaginez ce qui peut se passer dans la tête d’un supporter des 76ers au moment de la draft, seule lueur d’espoir dans une vie de fan morose…

Et souvent, la lueur d’espoir des fans à la vie morose n’est pas à la hauteur des attentes. La draft 2014 était annoncée comme l’une des meilleures de tous les temps, et pour le moment seul Andrew Wiggins semble avoir l’étoffe d’une superstar. Il deviendra d’ailleurs All Star cette saison ou l’année prochaine. A la rédac, on place également son compère des Wolves à la détente hallucinante, Zach LaVine, dans les prétendants aux All-Star. Même si cela mettra plus de temps, il pourrait lui aussi devenir une vraie force dans la ligue. Enfin, l’ancien coéquipier de Wiggins à Kansas et joueur de Philly, Joel Embiid a lui aussi le potentiel pour devenir un très grand mais n’a toujours pas foulé les parquets de NBA plus d’un an après sa draft. Les Sixers ont mis toutes les chances de leur côté en faisant de Zydrunas Ilgauskas le mentor du Camerounais après une année pendant laquelle Joel a préféré « draguer » Rihanna plutôt que soigner son pied. On se rappelle que Big Z a souffert de la même fracture au pied avant de devenir le joueur effectuant le plus de match de l’histoire des Cavs avec plus de 770 matchs à son actif. Le temps nous en dira plus sur l’évolution d’Embiid mais si le Camerounais devient vraiment un Hakeem 2.0 dans quelques années, tout le monde applaudira l’audace des Sixers de drafter un joueur blessé. En attendant, leur audace n’est pour l’instant pas payante. Pas payante du tout même.

 

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Cette année et comme depuis quelques saisons maintenant, Philadelphie va essayer de se faire rosser régulièrement pour essayer une fois de plus de récupérer le premier choix de la draft. Tous les entraînements du monde ne suffiront pas à rendre cette équipe compétitive dans la conférence Est… (We talkin’ about practice!?). Leur politique récente de tanking, dont la plus grande illustration est leur effectif infâme reste le transfert du Rookie de l’année 2013 MCW aux Bucks l’an dernier, pourrait enfin payer en 2016 avec 5 choix au premier tour, dont potentiellement 3 lottery picks (choix dans le top 14 de la draft) venant tout droit de Californie (LA Lakers et Sacramento).

Venons en maintenant au fait, les prétendants pour être premier choix de la prochaine draft.
Les outsiders de cette année pour être premier choix de draft sont le meneur Jamal Murray, l’intérieur Skal Labissière, l’ailier Brandon Ingram et l’arrière Jaylen Brown. Mais le grandissime favori pour être le premier appelé par Adam Silver est bel et bien l’ailier Ben Simmons. L’Australien est sans doute le small forward avec le plus gros potentiel depuis un certain Kevin D. issu de l’université de Texas en 2006/2007. La comparaison s’arrête là, car la où KD était déjà un ailier-scoreur au shoot très fiable en NCAA, l’ailier australien est plutôt point-forward athlétique qui rappelle Grant Hill par sa gestuelle, ses qualités athlétiques, sa polyvalence et sa facilité à lire le jeu que ce soit en transition ou sur attaque placée. Cette capacité à délivrer des caviars doux comme une belle parisienne en Bensimon font que certains le comparent même à Magic ou Lebron…Ce dernier, qui suit l’Australien depuis quelques années, a même accepté les comparaisons et reconnu son potentiel. Bref believe the King and the Hype!

Le go-to-guy de LSU (ancienne fac de Brandon Bass, Glen « Big Baby » Davis, Pete Maravich et du Shaq) a déjà fait parler la poudre lors des 3 victoires de son équipe face à de petites universités avec de belles moyennes (18 pts, 12 rbs, 5 passes, 2 ints et 1,5 contres par match) et un PER supérieur à 35… Son seul défaut est son shoot extérieur (aucun shoot tenté à 3 points lors de ses 3 premiers matchs) mais sa mécanique semble s’être améliorée depuis ses années lycée, lui qui convertit 4 lancers francs sur 5. Son premier vrai test, contre Marquette et son ailier fort Henry Ellenson (autre probable lottery pick) s’est soldé certes par une défaite mais 21 points, 20 rebonds et 7 assists pour Simmons. Depuis, LSU a alterné le bon et le moins bon, et Simmons s’est montré à son avantage en dominant outrageusement la concurrence. Le point d’orgue de son début de saison étant son match dantesque contre North Florida avec 43 points (15/20 aux tirs, 13/15 aux lancers francs, 14 rebonds, 7 passes décisives, 5 interceptions et 3 contres, le tout en 37 minutes s’il-vous-plait), ce qui ne s’était pas vu depuis le légendaire Shaq.

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LSU a tout de même connu pas mal de défaites qui vont surement en appeler d’autres (si l’équipe ne progresse pas collectivement en défense) lors de ce qui sera surement la seule année universitaire de son prodige. Il ne connaitra pas plus de victoire l’année suivante, lui qui va surement atterrir aux Sixers, aux Lakers ou aux Kings et qui n’avait pas l’habitude de perdre jusque la. Le prodige de 19 ans, suivi par les scouts depuis une demi-douzaine d’années, a marché sur la compétition pendant son cursus à la Montverde Academy en Floride, permettant à son lycée de faire un three-peat (3 fois champion d’affilée) dans le championnat national et récoltant tous les trophées individuels possibles… Il a maintenant comme ambition de ramener Lousiana State University en Final Four, ce qui n’est pas arrivé depuis 2006.

Mais les Sixers sont devant un nouveau dilemme. Ils ont déjà drafté un 3 prometteur qui devrait enfin arriver l’an prochain, un certain Dario Saric élu deux fois de suite meilleur jeune joueur d’Europe notamment devant the Greek Freak il y a 2 ans…

Et puis, les Sixers ont déjà 3 jeunes intérieurs prometteurs en la personne de Joel « Hasheem ou Hakeem? » Embiid, Nerlens Noel et Jahlil Okafor. Ces 2 derniers ne sont pas à l’abri de trades car ils ont du mal à cohabiter :  il faut dire qu’aucun des 2 ne peut s’écarter du cercle. Le coach-éducateur Brett Brown a fait son choix entre le cousin d’Emeka et le loooongiligne stoppeur Noël :  Nerlens débute désormais les matchs sur le banc, ce qui ne va forcer Okafor à progresser en défense. Il parait inconcevable de conserver les 3 en même temps sur le long terme, dans une ligue qui joue de plus en plus petit et aucun des trois pouvant jouer 4 et encore moins stretch 4 (Dario Saric sera la pour ça). Le GM des Sixers doit déjà se demander lequel de ses grands lui servira de monnaie d’échange pour un choix du premier tour de la draft 2019 ou 2020… Nous mettrons une pièce sur l’ami Okafor, qui enchaîne les conneries en dehors du terrain entre bar fights et excès de vitesse et qui en progressant beaucoup ne sera jamais mieux qu’un défenseur honnête…

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On pourrait penser au joueur qui semble être le mieux armé pour concurrencer Ben Simmons : l’ailier fort Skal Labissiere bien qu’étant moins NBA-ready. L’intérieur haïtien a néanmoins le potentiel de devenir une menace crédible des deux côtés du terrain, lui qui possède déjà un shoot régulier à mi-distance et un bon timing au contre comme il a pu le montrer lors de son deuxième match universitaire  (26 points à 10/12). Néanmoins, il lui manque une bonne dizaine de kilos pour pouvoir faire face aux intérieurs de la NBA. Sauf que cette année Kristaps Porzingis, 4ème de la dernière draft, est en train de prouver que l’agressivité peut combler ce déficit sur de nombreuses séquences… Ahlala, que c’est dure la vie de GM à Philadelphie.

Si le GM des Sixers tient vraiment compte de son « effectif » actuel, le choix le plus logique serait le canadien Jamal Murray, meneur de jeu adroit de loin, bon organisateur et doté d’un QI basket très élevé ou l’ailier atlhétique Jaylen Brown (16 pts et 6 rbds de moyenne en NCAA) qui joue pour l’université de Californie. Il est possible qu’au fil des semaines, ses joueurs se retrouvent projetés moins haut, et que Philly puisse prendre Simmons & Murray, soirée de draft rêvée pour un triste supporter des Sixers, qui va passer son année à compter les défaites et espérer. Espérer gagner au moins 10 matchs cette saison (bonne chance), espérer tirer le gros lot au printemps prochain, espérer que Jahlil se remette dans le droit chemin et surtout espérer que Philadelphie construise via la draft une équipe qui visera le titre à moyen terme ou long terme… Comme Golden State à son époque. Eux qui ont commencé avec les Splash Brothers, Curry en n°7 en 2009 (derrière Hasheem Thabeet, un certain James Harden mais aussi Ricky Rubio et Johnny Flynn, deux meneurs draftés en 5ème et 6ème position par les Wolves…) et le numéro 11 Klay Thompson en n°11 en 2011 (derrière des blagues plus ou moins drôles comme Jan Vesely, Derrick Williams, Bismack Biyombo, Enes Kanter ou Jimmer Fredette). Harrison Barnes, Festus Ezeli et Draymond Green ont suivi lors de la draft 2012, ce dernier bien parti pour être All Star cette saison et qui méritait le titre de Defenseur de l’Année l’année passée ayant été drafté en 35ème position…

On verra en 2020 comment Philadelphie s’en est sorti. En attendant, à part des tours de draft, il ne te reste plus que de l’espoir.

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