Ron Artest, l’amour et la violence


Depuis 2 mois, Ron Artest aka « Metta World Peace » aka « The Panda’s Friend » est de retour sur les parquets NBA. Après un an d’un interlude sino-italien pas forcément fructueux, l’enfant terrible de la balle orange retrouve des Lakers avec lesquels il a tout connu, de la joie d’un titre à la tristesse d’un licenciement. L’occasion pour nous de revenir en 5 dates sur la carrière d’un joueur, dont les frasques ont bien trop souvent éclipsé un talent exceptionnel.

La fois où il était fort

Ron Artest, car c’est comme cela qu’on l’appelait au début, commence une carrière prometteuse aux Chicago Bulls en 1999. Le garçon y effectue deux saisons et demie plus qu’honorables d’un point de vue statistique mais qui laissent entrevoir un joueur au caractère bien trempé. Régulièrement suspendu par la ligue, il est invité à faire ses valises par des Bulls lassés. Il est envoyé en pleine saison régulière (2001-2002) chez les voisins d’Indiana. Pas dépaysé, Ron poursuit sa progression dans tous les secteurs du jeu. Infatigable pitbull en défense et au rebond, de plus en plus dangereux en attaque, Artest s’impose comme l’un des grands artisans de la réussite des Pacers du début des années 2000. Accompagné, entres autres, de l’inusable Reggie Miller et de la machine Jermaine O’Neal, il permet aux Pacers d’obtenir le meilleur bilan de la ligue en 2003-2004 (battant par la même occasion le record absolu de la franchise) avec 61 victoires pour seulement 21 défaites. Cette saison, les Pacers se hisseront jusqu’en Finale de Conférence, mais seront vaincus par les Pistons au cours d’une série d’une rare intensité (4-2).

Cette saison 2004 sera sa plus aboutie sur le plan individuel : une sélection au All Star Game (sa seule), un titre de meilleur défenseur de la saison, et une belle ligne de stat (18 points, 5 rebonds, 4 passes et 2 interceptions). Pourtant la saison suivante démarre sous les meilleurs auspices, et on pense que le bonhomme fonce vers l’apogée de sa carrière. Son début de saison 2004-2005 est tonitruant (24 points, 6 rebonds, 3 passes à 50% de réussite au tir, pour un bilan de 6 victoires et 2 défaites), à tel point que certains observateurs voient en lui un candidat potentiel pour le titre de MVP.

La fois où il s’est battu

Seulement voilà, Ron est un être sanguin capable du meilleur comme du pire. Le pire, il le montrera un soir de novembre lors d’un match aux allures de revanche contre les Pistons. Alors que les Pacers se dirigent tranquillement vers leur 7ème succès de la saison, Artest disjoncte. Un contact violent avec Ben Wallace, un début d’échauffourée et un jet de gobelet en provenance des tribunes enflamment le brasero. S’en suit une bagarre général qui fera du Palace d’Auburn Hill le théâtre du plus célèbre combat de boxe, sans boxeurs, de l’histoire. Les images parlent d’elle-même #laNBAc’étaitmieuxavant

A l’issu de ce combat digne du Gouffre de Helm, la NBA décidera de sévir. Il faut dire qu’à l’époque la NBA connaît des heures sombres, et les joueurs jouissent d’une cote de popularité aussi élevée que le niveau de la mer. A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle : port du costume en avant match obligatoire, suspensions exemplaires dont celle d’Artest. 73 matchs de saison régulière et 13 de playoffs pour Artest ainsi que 5 millions de dollars d’amende. C’est la plus grosse suspension de l’histoire de la NBA qui ne concerne pas une affaire de drogue.

La fois où il a gagné

Devenu joueur le plus détesté de la ligue, et après un an passé à traîner son spleen en dehors de parquets, le petit Ron revient au début de la saison 2005-2006. Après 16 matchs très corrects à Indiana, il est transféré à sa demande aux Sacramento Kings #dreambigger. Là s’en suit 5 saisons où Ron compilera les stats mais n’atteindra qu’un premier tour de play-off. A l’intersaison 2008-2009, il est envoyé aux Rockets, avec lesquels il ira chercher une demi-finale de conférence. Il profite ensuite de la free-agency pour signer un juteux contrat de 5 ans et 33 millions $ avec les Lakers. Il décide d’y arborer le numéro 37 en hommage à MJ (pas Michael Jordan, l’autre) et son album Thriller resté 37 semaines numéro 1 des charts. Malgré un temps de jeu et des stats en baisse, Ron Artest sera l’un des pilliers de ces Lakers qui finiront en tête de la conférence ouest à l’issue de la saison régulière (55 victoires – 27 défaites). L’armada des Lakers (Bryant, Bynum, Gasol, Fisher…) confirmera en play-offs avec un parcours plutôt tranquille : Thunder (4-2), Jazz (4-0) et Suns (4-2). Les Lakers retrouvent en Finals leurs rivaux de toujours, les Boston Celtics. En quête d’un nouveau back-to-back, les hommes de Phil Jackson remporteront une finale épique, au bout du suspense et de la nuit (4-3). Jackson dira même d’Artest qu’il a été l’homme du match 7 de la série. C’est dans un costume de role player, bien plus approprié, qu’Artest parvient enfin à toucher le Graal. Après 13 saisons de hauts et de bas.

La fois où il a changé de nom

Les saisons suivantes, les statistiques de Ron et son impact sur le jeu des Lakers diminuent progressivement. Mais Ron n’est plus le même depuis son titre. Preuve en est son élection en tant que  « J. Walter Kennedy Citizenship Award », trophée récompensant le joueur s’étant le plus investi auprès de la communauté et des gens dans le besoin. Pour Ron, fini la violence, place à la paix et l’amour. Enfin pas toujours, mais presque (en 2012 il assène un violent coup de coude à James Harden valant une suspension au premier et une commotion cérébrale au second). D’ailleurs pour marquer le coup, Ron fait une demande officielle de changement de nom. Le violent Ron Artest devient le bisounours « Metta World Peace ». Pas évident au quotidien vous en conviendrez. Surtout pour les gosses. L’explication : « Changing my name was meant to inspire and bring youth together all around the world. » (comme on est nuls en anglais on a pas traduit). Ca c’est pour l’aspect World Peace, le nouveau nom de famille du bonhomme. Pour le prénom, il choisit Metta, un mot très commun chez les bouddhistes signifiant « apprécier la gentillesse et l’amitié plus que tout » (on est meilleur en bouddiste qu’en anglais). Nous comme on est des puristes, on aurait plutôt chosi « Princesse Consuela Banana Hammock » ou « Crap Bag » #Friends. Pour la petite histoire, pendant son exil chinois en 2014, l’animal demandera une nouvelle fois de changer de nom. Joueur majeur des redoutables Sichuan Blue Whales, MWP veut devenir « The Panda’s Friend ». Pas évident au quotidien vous en conviendrez. Surtout pour les gosses. Selon des sources proches du dossier, la demande serait encore examinée par la Cour Suprême.

La fois où il est revenu

Fort d’un exil de plus d’une saison en Chine, puis en Italie, MWP décide de revenir à l’été 2015 chez les Lakers. L’objectif est clair : aller chercher une dernière bague de champion avec un Kobe revenu au top et un Roy Hibbert qui écrase toutes les peintures de la ligue. Plus sérieusement, Metta revient dans l’optique d’aider des Lakers en pleine reconstruction, et participer au développement des jeunes pousses Julius Randle, Jordan Clarkson et D’Angelo Russell. Aux dernières nouvelles MWP prend son rôle très à cœur. En effet, il aurait organisé des séances de travail nocturne avec Russell pour lui faire travailler son shoot. Et vu les progrès affiché par Russell ces dernières semaines, on est en droit de penser que Metta fait le taff. En revanche, fidèle à lui-même, l’ami des pandas s’est fendu d’une sortie médiatique remarquée juste avant le début de la saison :

“Je me souviens être arrivé en 1999 dans la Ligue, le jeu était un peu plus dur. Aujourd’hui c’est vraiment pour les gosses, ce n’est plus un jeu d’hommes en fait. Les parents sont ultra-protecteurs avec leurs enfants, ils pleurent auprès des coachs du circuit AAU. Ils vont voir les arbitres aussi et demandent des fautes en pleurant. Des fois j’aimerais que ces parents restent chez eux et regardent la rencontre, car maintenant par équation ces mêmes enfants dont les parents pleuraient, on les retrouve en NBA. Donc on est face à un gros problème, il y a un paquet de bébés professionnels dans le monde entier, ce n’est plus un jeu pour hommes. Il y a des gars soft, des bébés partout, personne ne joue dur. Donc tout ce que tu peux faire, c’est accepter et t’adapter.”

Marrant venant d’un joueur ayant décidé d’effacer son image de pitbull féroce et violent en devenant « Metta World Peace ». Ironique même. Mais tellement caractéristique d’un joueur qui aura su faire parler de lui aussi bien pour ses performances que ses frasques. Plus par les unes que par les autres. Mais on ne dira pas lesquelles.

Bonus : la fois où il a dansé

Ron n’est pas qu’un sportif, c’est aussi un grand artiste. Mais beaucoup plus par la taille que par le talent. Et comme Ron ne fait rien comme les autres, il ne s’est pas uniquement contenté de sortir un album de rap comme tant d’autres. Ca il l’a fait en 2006, profitant de son année de suspension pour sortir « My World », un album abouti avec des featuring de renom : P-Diddy, Juvenile, Mike Jones, Big Kap, Nature et Capone (pas Jérémy l’acteur de LOL, l’autre). Vous ne connaissez pas ces artistes (sauf Diddy evidemment) ? Nous non plus. D’ailleurs on ne s’est pas infligé la peine d’écouter cet album, donc on lui laissera le bénéfice du doute. En revanche, Metta/Ron/le nom que vous voulez ne s’est pas arrêté là. En 2011, pour célébrer son titre, il prend part au casting de la 13ème édition de Dancing With The Stars. Comme on est sympas on vous a retrouvé les images.

Pas de faute technique (pour une fois), mais beaucoup de fautes de goûts (la coupe de cheveux, les vêtements, la danse un peu lascive…en fait tout) qui lui vaudront une élimination dès la première semaine de compétition. Mais Metta a déjà promis de retenter sa chance. Lorsque son changement de nom en « Fred Astaire » sera entériné.

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